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Audrey DepuydtCoach reconversion · Wavre

Se reconvertir en restant en CDI en Belgique : les congés, les aides et la méthode

Démissionner pour « avoir le temps de réfléchir » est souvent la pire façon de commencer. En Belgique, plusieurs dispositifs permettent de préparer un nouveau métier en gardant son contrat. Voici lesquels, ce qu’ils exigent, et comment s’organiser.

Pourquoi préparer sa reconversion en restant en poste

Quand le travail pèse, l’idée de tout arrêter pour « enfin réfléchir » est tentante. Pourtant, quitter un CDI sans projet précis ajoute deux pressions au moment où vous avez besoin de calme : l’argent qui fond, et l’urgence de trouver vite, quitte à choisir mal. Sans compter qu’une démission peut vous priver d’allocations de chômage (nous y revenons plus bas).

Rester en poste pendant la préparation, c’est garder un salaire, du temps pour tester vos pistes, et la liberté de renoncer à une idée qui ne tient pas, sans que cela vous coûte. Le jour où vous partez, c’est pour aller quelque part.

La vraie ressource : le temps, pas la motivation

Le premier obstacle d’une reconversion en CDI n’est presque jamais le manque d’envie. C’est l’agenda. Entre le travail, les trajets et la famille, les semaines sont pleines. Quelques repères qui fonctionnent :

  • Un créneau fixe par semaine, même court (deux heures le samedi matin valent mieux que « quand j’aurai le temps »).
  • Une action par semaine, pas un grand chantier : un appel, une rencontre, une recherche, une candidature à une séance d’information.
  • Des pauses prévues. Les périodes chargées au travail arrivent ; mieux vaut ralentir volontairement que tout abandonner en culpabilisant.

À ce rythme, la plupart des personnes voient se dessiner une direction claire en trois à six mois. Ensuite seulement viennent les questions de formation et de calendrier, et c’est là que les dispositifs belges deviennent utiles.

Le congé-éducation payé : se former sur son temps de travail

C’est le dispositif le plus méconnu, et souvent le plus utile. Il permet aux travailleurs du secteur privé de s’absenter du travail pour suivre une formation reconnue, en gardant leur salaire. L’employeur continue à vous payer, puis il est remboursé par le Forem (en Wallonie). Source : wallonie.be.

Quelles formations ?

Selon le Service public de Wallonie, ouvrent notamment le droit au congé-éducation payé :

  • la plupart des formations de l’enseignement de promotion sociale (cours du soir et de week-end) ;
  • la plupart des formations de l’IFAPME (classes moyennes) ;
  • les bacheliers et masters de l’enseignement supérieur et universitaire organisés en horaire décalé (après 16 h ou le week-end) ;
  • les formations menant à un métier en pénurie ;
  • les formations agréées par la commission d’agrément de la Région wallonne, et certaines formations sectorielles.

La formation doit compter au moins 32 heures de cours. En Wallonie, l’enseignement à distance, l’e-learning et l’autoformation n’y donnent pas droit. Source : emploi.wallonie.be.

Combien d’heures ?

Le nombre d’heures est plafonné par année scolaire, et le plafond dépend du type de formation, du nombre d’heures de cours et de votre situation. Le vade-mecum 2026 du Forem cite par exemple 100 heures pour une formation professionnelle, 80 heures pour une formation générale, et jusqu’à 180 heures pour une formation menant à un métier en pénurie. Source : vade-mecum du Forem (PDF). Ces plafonds évoluent : faites confirmer le vôtre auprès du Forem avant de vous inscrire.

Comment s’y prendre

  1. Vérifiez que la formation est reconnue avant de vous inscrire, auprès de l’organisme de formation ou du service congé-éducation du Forem (conge.education@forem.be, 0800 93 947).
  2. Inscrivez-vous, et demandez l’attestation d’inscription que vous remettrez à votre employeur.
  3. Parlez-en à votre service RH : c’est un droit, pas une faveur, mais il s’organise avec votre employeur (horaires, planning de l’équipe).

Bonne nouvelle pour la discrétion : suivre une formation ne dit rien de vos intentions. Beaucoup de collègues se forment pour évoluer dans leur poste.

Le crédit-temps pour formation : réduire son temps de travail

Si votre formation est plus lourde (un bachelier, une formation qualifiante longue), le crédit-temps « avec motif formation » peut vous permettre de travailler à 4/5, à mi-temps, ou de suspendre votre contrat, avec une allocation forfaitaire de l’ONEM. Il concerne uniquement les travailleurs d’un employeur du secteur privé. Les principales conditions, d’après l’ONEM :

  • une formation reconnue d’au moins 360 heures ou 27 crédits par an (ou 120 heures ou 9 crédits par trimestre scolaire) ;
  • 24 mois d’ancienneté chez votre employeur au moment de la demande écrite ;
  • pour le temps plein et le mi-temps, une convention collective (de secteur ou d’entreprise) doit prévoir ce motif ; ce n’est pas nécessaire pour le 1/5 ;
  • au maximum 36 mois sur toute la carrière, par périodes d’au moins 3 mois (6 mois pour le 1/5), sans dépasser la durée de la formation ;
  • chaque trimestre, une attestation de présence régulière à remettre à l’employeur et à l’ONEM ;
  • interdiction de commencer ou d’augmenter une autre activité pendant le crédit-temps, sous peine de perdre l’allocation et le crédit-temps lui-même.

Source : onem.be, le crédit-temps avec motif et la procédure de demande.

Le droit au crédit-temps (vis-à-vis de votre employeur) et le droit à l’allocation (vis-à-vis de l’ONEM) sont deux questions distinctes. Avant de faire votre demande, vérifiez les deux, et demandez à votre service du personnel quelle convention collective s’applique chez vous.

Tester le métier avant de sauter

C’est l’étape la plus rentable, et la plus souvent oubliée. Avant toute formation longue :

  • Rencontrez trois personnes qui font le métier. Une demi-heure autour d’un café suffit. Demandez-leur ce qu’elles font un mardi ordinaire, ce qui les fatigue, ce qu’elles auraient aimé savoir avant.
  • Allez voir sur place. Une journée d’observation, un salon professionnel, une séance d’information de l’organisme de formation.
  • Essayez à petite échelle. Un module court, un projet bénévole, une mission ponctuelle. Si vous envisagez une activité d’indépendant·e complémentaire, vérifiez d’abord que votre contrat de travail ne contient pas de clause d’exclusivité, et renseignez-vous auprès d’un guichet d’entreprises sur le statut et ses cotisations.

Le jour où vous partez : attention à la démission

Quand le projet est prêt, la question du départ se pose. Point de vigilance majeur : quitter son emploi de sa propre initiative, sans motif considéré comme légitime, est un « abandon d’emploi » pour l’ONEM, qui peut entraîner une exclusion des allocations de chômage. Source : onem.be.

Concrètement, l’idéal est de partir avec un nouveau contrat signé, ou un projet d’indépendant prêt à démarrer. Si ce n’est pas le cas, prenez rendez-vous avec votre organisme de paiement (CAPAC, CSC, FGTB ou Synova) avant de remettre votre démission ou de signer une rupture de commun accord : les exceptions existent, mais elles sont précises.

Un exemple de calendrier sur un an

À titre d’illustration, voici à quoi ressemble souvent une reconversion préparée en CDI. Chaque histoire est différente, mais l’ordre, lui, change peu.

  • Mois 1 à 3 : faire le point et explorer. Ce qui ne va plus, vos compétences, trois à cinq pistes.
  • Mois 3 à 5 : confronter au réel. Rencontres, observation, recherche de formations.
  • Mois 5 à 6 : décider. Une piste retenue, un budget, un calendrier.
  • Mois 6 à 12 et au-delà : se former et préparer le départ. Congé-éducation ou crédit-temps si nécessaire, premières candidatures, réseau dans le nouveau secteur.

Si vous voulez être accompagné·e dans les premières étapes, c’est précisément ce que je fais avec les personnes en poste : une séance toutes les deux ou trois semaines, en soirée ou en visio si besoin, et une action concrète entre deux. Tout est confidentiel : votre employeur n’en sait rien, sauf si vous choisissez de lui en parler. Plus de détails sur la page changer de métier en restant en poste.

Et si on en parlait ?

Le premier échange dure 30 minutes, il est gratuit et sans engagement. Vous repartez au minimum avec une piste concrète.

Premier échange gratuit